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Démarrage 54-68 :Arrêt et Vatican II De 68 à nos jours.

Prêtres-ouvriers : Un peu d’histoire.

Il est difficile de rendre compte de cinquante ans d’histoire en quelques lignes. Nous chercherons à le faire en évoquant quelques situations qui ont fait choc et posé question.

I - Comment sont apparus les prêtres-ouvriers ?

La France industrielle s'est développée au siècle dernier. Avec elle, une nouvelle catégorie de travailleurs est née. Il est admis de dire qu'en France, la classe ouvrière et le mouvement ouvrier se sont développés massivement en dehors de l'église.

En 1925, un mouvement de jeunes créé en Belgique, repris en France en 1927, la jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) a permis d'en prendre progressivement conscience.

Des prêtres (aumôniers dans ce mouvement) se sont rendus compte qu'il y avait deux cultures différentes : celle de la vie ouvrière et celle des paroisses : rester ou devenir chrétien les coupait de leur milieu d'origine.

Avec le bouleversement de la 2e guerre mondiale (1939 - 1945) caractérisée par la lutte contre le nazisme et les fascismes, des prêtres se sont trouvés mêlés au quotidien (camp de prisonniers, résistance, camp de déportation avec d'autres hommes et femmes de toutes opinions (socialistes, communistes, "ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas").

Sans privilège, sans soutane (c'était significatif à l'époque), pas de lieux particuliers pour témoigner et parler de l'Évangile de Jésus Christ et partager à l'occasion les sacrements (baptême, confession, communion).

En janvier 1944, l'évêque de Paris, le Cardinal Suhard, institue la mission de Paris : il libère quelques prêtres et laïcs de toute tâche paroissiale pour qu'ils consacrent tout leur temps aux ouvriers.

Assez vite, quelques uns se sont rendus compte qu'il ne suffisait pas de donner des tracts aux sorties du métro, de discuter dans les bistrots ou de dire une messe dans une salle de cinéma.

Pour être compris des ouvriers, pour les comprendre, il fallait partager leur vie, connaître les mêmes conditions de travail et de logement.

Entre 1944 et 1954, progressivement une petite centaine de prêtres ont franchi le pas.

Ce n'était pas évident à l'époque. La mentalité ambiante faisait du prêtre quelqu’un mis à part, pour le service de Dieu et de l'église. Homme de la prière, il devait être l'homme de tous.

Nous voici donc avec des prêtres, partageant la vie d'un peuple particulier, engagés dans un combat de société du côté des exploités, voulant ainsi servir le Dieu de Jésus Christ et la mission de son église.

La question va courir tout au long du siècle : le témoignage de la foi chrétienne mis à la disposition des hommes et des femmes de ce temps à partir de leur vie et de leurs luttes partagées.

Début

II - 1954 - 1968 : une deuxième période pour les prêtres ouvriers -Elle commence par une rupture.

L'église de Rome trouve inadmissible cette manière de vivre le sacerdoce. Elle impose que, pour le 1er mars 1954, les prêtres-ouvriers quittent les entreprises et abandonnent toute participation syndicale.

Choix impossible pour beaucoup de ces prêtres qui voulaient vivre une double fidélité : fidélité à la vie ouvrière - fidélité à l'église .

Le groupe s'est pratiquement partagé en deux : ceux qui sont restés dans leurs entreprises quitte à se voir désavoués par l'église hiérarchique et une partie des chrétiens pratiquants. Ceux qui ont voulu ne pas marquer une rupture dans l'Église, tout en restant convaincus de cette nouvelle façon de vivre le sacerdoce. Ils seront soutenus dans cette démarche par plusieurs évêques français. Le choc est rude pour tous ces prêtres. Dans l'opinion française aussi. Elle a conforté beaucoup des ouvriers dans l'idée que l'église n'était pas faite pour eux.

À partir de là, onze ans d'histoire qui sont un long tunnel : Comment ne pas désespérer quand tout semble contre vous ?

En France, c'est la fin de la guerre d'Indochine, mais le commencement de la guerre d'Algérie. Dans le monde, la poursuite de la guerre froide, la guerre du Viet-Nam s'enclenche. Et cette Église qui continue de bloquer une expérience pleine de promesses…

Trois mois après la rupture, dès mai 1954, des prêtres-ouvriers sont allés à Rome pour faire valoir l'urgence et l'importance de la voie qu'ils ont ouverte. Pendant cinq ans, ils ont fait cette démarche sans être entendus jusqu'au jour où le pape Jean XXIII leur a dit : "je vous comprends, mais dans les circonstances présentes, je ne peux pas vous le permettre. Cependant, j'ai convoqué un concile. Celui-ci et mon successeur feront ce que je ne peux faire" (février 1960). Il y a un lien très étroit entre l'histoire des prêtres-ouvriers et le concile Vatican II (1962 - 1965).

Réunion des évêques de tous les continents, il apportera un nouveau regard de l'Église catholique sur le monde. Sortant de ses certitudes indiscutables, il affirmera que l'Église n'a pas le monopole de la rencontre de Dieu, qu'il y a un chemin de vérité pour tous les êtres humains, que l'Église est le peuple chrétien tout entier, pas seulement le pape, les évêques et les prêtres. En fidélité à l'Évangile, l'Église donne priorité au partage de la bonne nouvelle de cet Évangile "aux pauvres". Pour cela, l'Église doit se montrer elle-même servante et pauvre.

Le 23 octobre 1965, vers la fin du concile, les évêques français unanimes redonnent vie officiellement aux prêtres-ouvriers.

Ce nouveau départ veut être un engagement de toute une église, pas seulement de l'initiative de prêtres. Une période expérimentale de trois ans est décidée.

51 prêtres sont choisis, alors qu'il y a bien plus de candidats. C’est à partir de lieux, villes ou quartiers où il y a déjà un commencement de mission ouvrière que les candidats sont retenus et pour la capacité à partager en équipe la vie de foi, la prière, l’ expérience quotidienne. En même temps, les 40 prêtres-ouvriers anciens continuent.

Ce qu'on appelle mission ouvrière, ce sont des laïcs, travailleurs adultes ou jeunes, (organisés dans la JOC ou l'ACO "action catholique ouvrière, créée en 1950"), partageant ensemble avec des prêtres et si possible un évêque, leur recherche de foi chrétienne et le témoignage qu'ils en donnent là où ils vivent : entreprises, écoles, quartiers.

Au terme de ces trois ans, en 1968, les évêques de France décident de continuer cet engagement des prêtres-ouvriers.

Début

III - 1968 à nos jours :

Cette période de l’histoire des prêtres-ouvriers est forcément liée aux évènements de France et du monde dans le domaine économique, social et politique.

1968 ne fut pas qu'une révolte étudiante, culturelle ou des moeurs. Il y a eu un mai des travailleurs… 9 millions de grévistes… Le chiffre du chômage en 1968 était de 420 000.

Dans le contexte de 1968, un débat s'est ouvert dans le clergé français. Des prêtres voulaient un statut nouveau : "droit au travail, droit à l'amour, droit à la politique". Pour les prêtres-ouvriers, ce n’est pas d’abord une recherche de statut personnel, mais plutôt vivre dans un peuple, participer à ses combats, pour y être témoin de l’Evangile.

Entre 1968 et 1976, le nombre de prêtres-ouvriers devient important, comme en témoignent ce quelques chiffres :

- Mai 1969 : 169 dans 37 villes -

- En 1970 : 287 dans 75 villes -

- En 1972 : 521 dans 146 villes -

- En 1974 : 756 dans 200 villes -

- En 1976 : plus de 800 en France, non seulement dans des villes, mais aussi itinérants à travers les grands chantiers du bâtiment et travaux publics, dans la navigation, dans l'hôtellerie.

Le mouvement se développe de même en Belgique, avec moins d'ampleur mais régulièrement, en Espagne surtout en Catalogne, en Italie, en Allemagne en lien avec des pasteurs protestants. Également au Québec, en Amérique latine avec des prêtres européens ainsi qu'en Afrique et en Asie.

En France, la plupart de ces prêtres-ouvriers au début sont des manuels, ouvriers non qualifiés ou professionnels. Il s'en trouve aussi dans les services ou employés de commerce.

Le poids du travail quotidien, la condition de dépendance du salarié, ouvrier ou employé, cet univers où les gestes, le comportement, comptent plus que les discours, les conduisent à un regard nouveau. Ce monde n'est pas un désert spirituel. Il y a là une richesse humaine que l'Église n'a pas su prendre à son compte.

Beaucoup de ces prêtres ont appris à prier autrement. Ils sont devenus plus contemplatifs de l'amour de Dieu à travers les visages et les actions des hommes et des femmes avec qui ils vivent, qu'ils se disent athées, musulmans, indifférents ou croyants.

La plupart se retrouve dans le mouvement syndical, c'est une solidarité élémentaire, soit dans la CGT ou la CFDT. Le nombre de ces prêtres-ouvriers a lui-même suffi à dire leur diversité : pas seulement une question de tempérament, mais jouent aussi l'environnement, l'âge, la région, la grandeur de l'entreprise, le type d'industrie.

Ces prêtres ne font plus de sermon, mais ils sont dans un dialogue quotidien, plus amenés à répondre à des étonnements, des questions, qu'à prêcher. Leur attitude est souvent plus parlante que leur parole.

Un théologien qui n'est pas prêtre-ouvrier, a dit récemment "les prêtres-ouvriers ont déplacé le sens du sacré dans l'Église. Il n'est plus réservé à l'intérieur des églises, il est placé dans l'être humain".

S'il s'est trouvé quelques évêques pour ordonner des prêtres directement pour le ministère de prêtre-ouvrier, d'autres se sont montrés de plus en plus réticents : le service des chrétiens est très souvent considéré comme plus important que de laisser des prêtres à la disposition de l'ensemble de la population, celle qu'on ne trouve pas dans les églises.

Le nombre de vocations de prêtres diminuant en France, beaucoup de chrétiens, de prêtres et d'évêques ont commencé à considérer cette démarche comme un luxe que l'Église ne pouvait plus se permettre et non plus comme une démarche essentielle de l'Église.

Les industries changent, l'entrée dans la vie professionnelle devient plus difficile, mais ce peuple des travailleurs existe toujours , ouvriers et employés, avec une proportion importante de chômeurs et d'exclus. Les prêtres-ouvriers sont toujours dans cette population, obligés comme d'autres de changer de métier, connaissant comme d'autres le licenciement, le chômage, le travail précaire.

La vie associative s'est développée : comité de quartier, lutte contre le racisme, lutte pour le logement, lutte avec les sans-papiers. Tout naturellement, étant de ce peuple , les prêtres-ouvriers se retrouvent avec leurs voisins, leurs camarades dans ces luttes signifiant que la vie chrétienne peut se vivre au coeur de ce monde, essayant avec d'autres de construire une société plus fraternelle où l'argent n'écrase pas l'être humain.

L'Évangile ne nous pousse pas à créer à part des groupes de chrétiens qui se penchent sur la misère des autres, mais avec tous les autres à rendre le monde plus humain pour y retrouver la trace de Dieu.

Aujourd'hui, les prêtres-ouvriers sont moins nombreux : le renouvellement se fait moins vite que le vieillissement et les décès. Nous sommes autour de 500. Plus de la moitié sont à l'âge de la retraite professionnelle. Mais la vie de prêtre-ouvrier, après la retraite professionnelle continue dans le partage de vie et des luttes de ce peuple. L'histoire continue. Comme il y a 50 ans, prêtre-ouvrier en 2001, ça vaut le coup !

Quatre lectures parmi d'autres :

- de Pierre PIERRARD - chez Hachette -

             L'église et les ouvriers en France 1940 - 1990 

- d'Oscar Cole-Arnal. - édition de l'atelier (éditions ouvrières) :

            Prêtres en bleu de chauffe -

- revue Foi d'un peuple

    numéro de mars 1988 : Aujourd'hui les prêtres-ouvriers

     numéro spécial décembre 2001  : Le Ministère des prêtres-ouvriers

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Dernière modification : 01 Décembre 2002