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Marie-Dominique CHENU 1895-1990 et Yves CONGAR

Marie-Dominique Chenu, fils d’un petit industriel, est né près de Paris, à Soisy-sur-Seine. Attiré par la vie religieuse, soucieux d’un ordre à la fois intellectuel, contemplatif et apostolique, le jeune Chenu entre chez eux, où il reçoit toute sa formation à l’école de saint Thomas d’Aquin.

Historien-né, le père Chenu pouvait s’appuyer sur l’exemple de deux grands dominicains, Mandonnet et Lagrange, puis, bientôt, sur les encouragements d’Étienne Gilson, de onze ans son aîné. De là son premier livre important, La Théologie comme science au XIIIe siècle. En 1942, il sera mis à l’index et destitué de ses fonctions.  

Désormais, il s’abandonne à son autre vocation, le soutien spirituel de ceux – prêtres ou laïcs, hommes et femmes....

 .... qui sont engagés à la pointe de l’Église, dans l’Action catholique ou missionnaire, en pleine connivence avec ses frères dominicains des éditions du Cerf et de La Vie intellectuelle. Le temps où il est condamné est aussi celui où naissent la Mission de France (1941), puis la Mission de Paris (1943) et bientôt les prêtres-ouvriers, sans oublier «Économie et humanisme» du père Lebret, qui lui révèle l’importance des problèmes économiques. Un essai sur La Spiritualité du travail (1942), amplifié, deviendra Pour une théologie du travail (1955).

À Rome, cette agitation française inquiète: elle sent le modernisme. La tension atteint son point maximal en 1954 autour des prêtres-ouvriers, dont Pie XII a personnellement décidé la suppression. Les dominicains sont suspectés de connivence et de résistance. Leur maître général remplace d’autorité les trois provinciaux français et exile quatre théologiens notoires: Chenu, Féret, Boisselot et... 

 ...Yves Congar.

Pour la seconde fois, le père Chenu accepte en silence. Pie XII meurt en 1958. Jean XXIII convoque un concile. Congar y sera appelé comme expert. Chenu y viendra en position plus modeste mais tout aussi influente: comme théologien d’un évêque de Madagascar qui avait été son élève. C’est à lui, en particulier, que reviennent l’idée et le texte d’un message du concile «à tous les hommes, à toutes les nations» 

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SUHARD EMMANUEL, cardinal (1874-1949)  

Archevêque de Paris de 1940 à 1949, fondateur de la Mission de France. Né en Mayenne, Emmanuel Suhard fait ses études au petit, puis au grand séminaire de son diocèse (Laval) mais les termine à Rome, où il est ordonné prêtre (1897). Il est nommé au grand séminaire de Laval, où il sera professeur de philosophie, puis de théologie et dont il sera enfin le supérieur. En 1928, trois ans après la canonisation de Thérèse de Lisieux, il est nommé évêque de Bayeux et de Lisieux et rédige sa première lettre pastorale (févr. 1929) sur la sainte carmélite, patronne des missions. Archevêque de Reims en 1931, cardinal en 1935, il reçoit sa nomination comme archevêque de Paris le 8 mai 1940.

En 1943, il lit la description établie par deux jeunes prêtres de Paris (H. Godin et Y. Daniel) de l’état de déchristianisation de son diocèse, texte qui deviendra le livre France, pays de mission? Il décide de former un organisme diocésain, la Mission de Paris; plusieurs prêtres de l’institution s’embauchent comme ouvriers; par ailleurs, d’autres prêtres partent clandestinement pour l’Allemagne avec le Service du travail obligatoire (S.T.O.), au sein duquel ils connaîtront une situation qui prépare et assure d’une certaine manière l’expérience célèbre des prêtres-ouvriers.

       Il publie une nouvelle lettre importante en février 1948 (Le Sens de Dieu) et fait un voyage à Rome, en novembre, pour défendre les prêtres-ouvriers. Sa dernière lettre (avril 1949) a pour titre Le Prêtre dans la cité. Il meurt le 30 mai 1949 sans avoir pu prononcer le texte qu’il avait écrit pour des étudiants, texte où il proposait «la dialectique de l’amour» («l’amour se prouve en aimant») et où il invitait les jeunes chrétiens à concilier «la rigueur scientifique, l’efficience technique, avec la foi en Dieu et la confiance en l’homme».

Liénart Achille, cardinal  (1884-1973) 

"Pourquoi pas un séminariste !" s’écrie un vieux chanoine apprenant le 6 octobre 1928, la nomination d’Achille LIENART, évêque de Lille. Prenant la tête du tout le diocèse créé en 1913, Achille LIENART est à 44 ans, le plus jeune évêque de France. Beaucoup ne comprirent pas comment Pie XI avait pu nommer un de ces "prêtres dévoyés" de la métropole lilloise ayant résolument pris le parti des ouvriers du textile face au patronat lillois. vingt mois plus tard, le pape persiste et signe élevant "l’évêque rouge" à la dignité cardinalice : Achille LIENART est le plus jeune cardinal du monde. "La pourpre rouge dont je suis revêtu n’a d’autre sens que la confirmation que je ne me suis pas trompé " déclare alors le cardinal des ouvriers.

   Et c’est durant les premiers mois de son Episcopat que se sont forgés l’inénarrable popularité et l’autorité d’Achille Liénart, un "homme tranquille qui a soulevé des tempêtes"Mais il faut auparavant s’arrêter aux origines de ce destin exceptionnel. Achille LIÉNART, issu d’une famille modeste de négociants en toile, est né le 7 février 1884, rue Princesse. A deux pas de la demeure de la famille De Gaulle... Ordonné prêtre le 29 juin 1907, il poursuit ses études à Rome pour revenir, en 1910, comme professeur au séminaire du diocèse de Cambrai, à Saint-Saulve. 

   Après la guerre, l’Évêque de Lille s’engage encore en faveur des prêtres ouvriers avant de devenir prélat de la Mission de France. L’un des derniers éclats du Cardinal sera son intervention, le 13 octobre 1962, tout au début du concile, qui fera de lui l’un des artisans de Vatican II. Alors que la procédure ne prévoit pas de débat, Achille Liénart s’octroie la parole pour demander qu’avant de procéder au vote, les délégués conciliaires prennent le temps de se connaître. Sous un tonnerre d’applaudissements, une nouvelle façon de faire s’est imposée de Rome. Fatigué après quarante ans d’Épiscopat, le cardinal remet pour la deuxième fois sa démission à Paul VI, qui l’accepte en 1968, saluant la "prudence audace" du pasteur lillois qui se retire à la paroisse Saint André et meurt à 89 ans, le 15 février 1973. Le diocèse de Lille tout juste âgé de soixante ans, perd en ce matin d’hiver un pasteur généreux, un évêque courageux, une figure de légende.

Maurice FELTIN, cardinal  1883-1975  

Il a joué un rôle important dans le développement en France de la Jeunesse ouvrière chrétienne (J.O.C.), ainsi que dans la défense des prêtres-ouvriers. En 1954, il se rend à Rome avec les cardinaux Liénart et Gerlier, pour plaider cette cause auprès de Pie XII, qui allait interrompre l’expérience. Mgr Feltin continue d’ailleurs d’apporter son soutien à la formule apostolique des prêtres-ouvriers, jusqu’à la décision romaine du 21 octobre 1963 qui confie à Mgr Veuillot le soin de lancer une nouvelle expérience. (C’est dans le diocèse de Paris que, sous la direction de ce dernier, avait été fondé le premier secteur de la Mission ouvrière, annonçant le secrétariat national de la Mission, créé en 1957 par l’Assemblée des cardinaux et archevêques de France.)  

Scrutateur lors de l’élection de Jean XXIII, le cardinal Feltin prend une part active au IIe concile du Vatican. C’est lui qui demande que, dans la liturgie, l’on substitue les langues vivantes au latin, et que la fête de Pâques soit placée à un jour fixe. Il est convaincu que l’Église doit, sans ruptures inutiles, s’adapter à un monde nouveau.

 MISSION DE FRANCE

   Institution interdiocésaine créée, le 24 juillet 1941, par les cardinaux et archevêques de France. Dans la décennie qui avait précédé, l’épiscopat français avait en effet pris conscience de ce qu’on a appelé la déchristianisation: l’abandon de la pratique religieuse par un grand nombre de catholiques, spécialement dans certaines régions rurales et dans les banlieues. En créant le séminaire de la Mission de France, les évêques français voulaient se doter d’un clergé interdiocésain formé spécialement pour aborder le phénomène massif et nouveau de l’incroyance.

   Cette fondation fut surtout l’œuvre du cardinal Suhard. Saisi par l’absence de foi qu’il avait constatée en devenant archevêque de Paris, il voulut lier la fondation du séminaire à sainte Thérèse de Lisieux, qui, dans les dix-huit derniers mois de sa vie, avait pris une conscience aiguë de ce même problème.

   Le 15 août 1954, Pie XII donne à la Mission de France un statut qui en fait un diocèse sans territoire, au service de l’ensemble des évêques français. Le siège de la Mission de France est ensuite établi à Pontigny (Yonne). Par leur vocation même, les membres de la Mission de France (prêtres ou diacres) sont envoyés vers ceux qui n’ont aucun contact habituel avec la foi et l’Église. Beaucoup deviennent prêtres-ouvriers et participent aux recherches et aux combats de la classe ouvrière. D’autres, vivant outre-mer, se retrouvent en première ligne au moment de la guerre d’Algérie. D’abord fortement critiquées, certaines orientations prises par la Mission de France seront adoptées par le concile de Vatican II, sous l’impulsion du cardinal Liénart, alors prélat de la Mission. En 1980, l’épiscopat français donne trois orientations à la Mission de France: assurer une présence évangélique auprès de ceux qui sont loin de l’Église, rechercher une intelligence et une expression de la foi chrétienne, promouvoir la communion ecclésiale.

 

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Dernière modification : 01 Décembre 2002